Je m’appelle NACHO, j’ai 9 ans ; mon copain DOUDOU a lui 10 ans. Nous sommes deux ânes « communs » avec la croix de St André et de petite taille, 1m environ, caractéristiques de notre race.

PATRICK est notre « Maître » ou plutôt notre compagnon. Nous avons vécu jusqu’à l’âge de un an chez un maquignon à Monflanquin dans des conditions peu confortables.

Un jour, nous vîmes un grand gaillard inconnu qui discutait à notre sujet.

Aussitôt j’ai dit à DOUDOU : » çà serait chouette s’il nous adoptait il a l’air gentil ! »

L’affaire fut rapidement conclue et nous nous retrouvâmes à « SARRAZY » avec notre nouveau « Maître » PATRICK.

Quel changement !

Tout d’abord au niveau de l’hébergement. Nous sommes confortablement installés dans un cabanon spacieux que PATRICK a monté lui-même, ouvert en permanence sur un pré à l’herbe savoureuse. Nous entrons et sortons à notre guise.

Quant à notre nouveau Maître : nous avons d’emblée apprécié sa manière de faire, toute en douceur, en gentillesse, très compréhensif mais ferme.

DOUDOU n’a pu s’empêcher de dire : « NACHO ! Je crois que nous allons lui apprendre à « penser âne » sans trop de difficulté ».

Oui, répondis-je, nous allons devenir les meilleurs amis du monde !

Il mit un point d’honneur à s’occuper seul de nous : repas, toilette et autres gratouillis, friandises etc…

Il commença alors à nous faire évoluer à la longe, exercice nouveau pour nous, avec infiniment de patience.

Nous lui avons aussitôt accordé notre confiance et nous nous sommes appliqués à répondre à ses sollicitations.

Avec DOUDOU nous avons quand même un grief sérieux contre lui. Au bout de six mois, il nous fit castrer soi-disant pour nous rendre plus calmes, plus souples, moins virils !

Quel gâchis ! Nous ne pouvons plus répondre aux avances de nos voisines, deux superbes ânesses de Provence qui nous harcellent bruyamment chaque jour.

Pour nous venger, de temps en temps nous lui faussons compagnie, sans s’éloigner jamais trop loin.

Figurez-vous que maître PATRICK avait pour objectif de faire de la ballade, donc de nous atteler à une carriole pour se promener sur les chemins environnants.

Il nous fallait alors nous astreindre à un apprentissage progressif pour être opérationnels dès l’âge de trois ans. Il apprit donc à diriger en prenant conseil auprès des professionnels, mais trouver le matériel nécessaire ne fut pas chose facile. Il le fit venir de Pologne, excusez du peu !

Ainsi équipés nous apprenons à chacune de nos sorties quotidiennes à nous habituer au bruit des voitures, des avions maintenant des cloches. Il faut dire que Maître PATRICK nous rassure et nous encourage du geste et de la voix en toute occasion.

Nous attendons avec impatience cette sortie et guettons son arrivée que nous reconnaissons au bruit de sa voiture ;

Il faut dire que parcourir la campagne est un plaisir même si PATRICK est un peu lourd et que les nombreuses côtes nous épuisent quelquefois. Heureusement ses encouragements nous stimulent.

« Allez mes petits, courage…je sais qu’il fait très chaud et que c’est dur ! On est presque arrivé !

  • DOUDOU ! ne laisse pas NACHO tirer tout seul, il va se fatiguer, aide-le ! allez sois gentil ! c’est bien !
  • – NACHO ! continue, DOUDOU t’aide maintenant.
  • Tous les trois on va y arriver »

Une fois DOUDOU m’a dit « Heureusement que personne n’entend Maître PATRICK, on pourrait croire qu’il supporte mal le soleil ! »

Après l’effort le réconfort ! Nous avons le droit de brouter l’herbe tendre des bas-côtés des routes des CINQ SITES avec toujours une pensée reconnaissante envers le CAGV qui ne procède qu’à une tonte par an, sans doute pour nous être agréable.

Dix ans que cela dure et pour récompenser ses bons soins et sa gentillesse on lui laisse croire que c’est lui qui commande

HI ! HAN !

[Photos Martin Ransom]